Transition démocratique de 1987 en Haïti : l’épouvantable supercherie des politiques mitigeant leur dévolu au duvaliérisme

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Par William JEAN

La transition politique de 1987 en Haïti, dès son début, s’est vu confronter à un ensemble de défis dans le contexte d’application des politiques économiques de rigueur imposées par les organismes financiers internationaux tels que : la FMI, la BID et la Banque Mondiale. Ces mesures et/ou politiques, rentrant dans le cadre du plan néolibéral imposés aux pays sous-développés par les Etats et institutions occidentales dominants, connues sous l’appellation de plan d’ajustement structurel. Ce programme visait l’orientation et l’adoption des mesures néolibérales désengageant les administrations des pays tiers de la Caraïbe et d’Afrique dans les secteurs fondamentaux : éducation, santé, agriculture. Des recommandations de modernisation de l’administration publique et la bonne gouvernance ont été adressé à l’endroit des dirigeants d’Etat de ces régions pauvres de l’époque. Ce projet global d’appui et de restructuration de l’économie et des infrastructures des pays anciennement colonisé, spécifiquement des pays africains indépendants durant les années 1960, a été perçu et conçu comme un package pour appuyer les nouveaux Etats africains, et d’autres Etats défaillant à retrouver la voie du développement. La fin de la bipolarité hégémonique qu’a connu le monde après la chute du mur de Berlin allait de façon expéditive entraîner une vague de mouvement de réorganisation et de restructuration du système-monde avec les USA comme chef de fil et de tant d’autres pays européens fortement industrialisé et ayant la prédominance dans les grandes décisions politiques internationales.

Dans cette perspective, Samuel HUNTINGTON évoque les mécanismes par lesquels cette réorganisation et recomposition du monde s’est lancé sous l’égide des puissances économiques et militaires mondiales. Il écrit : « dans le procès de faire la promotion et d’entamer les projets de modernisation et de développement des sociétés dites traditionnelles, anciennement colonisées ou sous protectorat d’anciennes puissances occidentales, les décennies ayant suivi le mouvement de décolonisation en Afrique et en Asie du sud-est dans les années 60 et jusqu’à la fin de la décennie 80, les institutions financières mondiales outils de promotion des projets de rehaussement des pays en mal d’accumulation de richesse, devaient impulser les Etats défaillants à faire des réformes en profondeur visant la bonne gouvernance, le renforcement institutionnel, le fonctionnement maximal de l’administration publique et enfin, faire des choix  économiques  débouchant sur le chemin du développement [1]». Cette trilogie, à savoir la réforme politique, le renforcement administratif et la bonne gouvernance définissent et délimitent les nouvelles options, les nouvelles arènes sur lesquelles les pays appauvris doivent s’aligner pour parvenir au bout de leur pauvreté, du coup lancer leur développement. Ces impératives, bien qu’elles soient venues de la part des organismes financiers internationaux, constituaient déjà bien clairement les fondamentaux des revendications de la population haïtienne dans sa majorité lors des soulèvements populaires anti-Duvalier. Tenons-en à la première impérative, s’agissant de la réforme de l’Etat pour comprendre et fixer les responsabilités de nos politiques depuis la transition au regard de leur supercherie et de leur infinitude harangue.

La notion ou l’expression de réforme de l’Etat suivant le cadre conceptuel de Eric, GRISTI[2], s’impose dans les années 1990 pour désigner les actions menées afin d’améliorer le fonctionnement de l’administration. Depuis les années 2000, l’expression « modernisation de l’Etat » est employée concurremment à « réforme de l’Etat ». Elle entend poursuivre l’accroissement de l’efficacité de l’administration publique tout en réduisant ses coûts de fonctionnement, ce qui constitue une préoccupation majeure des pouvoirs publics. Tout ce processus repose sur l’engagement des autorités publiques à se responsabiliser par rapport aux points suivants : l’amélioration de l’efficacité de l’action administrative et la qualité de la gestion publique ; améliorer les relations entre l’administration et les administrés ; et enfin simplifier et réorganiser l’administration de l’Etat. Dans le contexte haïtien, vraisemblablement, le coup d’Etat de la junte militaire contre le président Aristide n’a pas permis ou facilité les chantiers de la réforme de l’Etat. Cependant, dès son retour au pouvoir en 1994, le pays a connu une certaine stabilité politique jusqu’en 2004, année dans laquelle, une fois de plus, Aristide était forcé de quitter le pouvoir et partir pour l’exile sud-africain.

De 1994 à 2004, rien de performatif et ambitieux n’a été réalisé au sein de l’administration publique haïtienne. Au cours de la période évoquée ci-dessus, ni l’administration d’Aristide ni celle de Préval n’a pas su endosser l’inévitable besoin de modernisation de l’Etat, s’agissant d’instituer et consolider les institutions étatiques prévues par la nouvelle constitution de 1987. ULCC, UCREF ont pris naissance après une succession de gestion politique du pays par Aristide et Préval, soit environ une décennie, par le gouvernement de transition dirigé par Gérard Latortue. Ces institutions de contrôle et de vérification et autres de même nature, ont pris naissance dans le cadre de l’assainissement de la finance publique et du contrôle des opérations financières engageant l’Etat et aussi le secteur privé des affaires pour venir à bout de la grande corruption qui gangrenait l’administration publique haïtienne. A la fin du mandat du régime de Boniface-Latortue, l’avènement de René Préval à la tête du pays pour une seconde fois, n’allait pas réellement engager la lutte anti-corruption relevant de la mission et de la vocation institutionnelle de l’ULCC et d’UCREF pour démasquer, de stopper et de freiner l’hémorragie que provoquait ce dit phénomène.

Déjà les rapports de 2007 et 2008 de la Banque Mondiale signalaient Haïti parmi les pays les plus corrompus du monde. Les dépenses folles ne cessent pas d’être engagé et réalisé par l’administration publique pour le compte des officiels. Voitures de luxes, frais de fonctionnement, détournement de projet et de fonds publics, octroie de faveurs à des amis ou sympathisants politiques, s’imposent comme pratique récurrente et/ou même principe directeur au sein de l’administration publique haïtienne. Pourtant, le marasme de l’archaïsme et du niveau extrême de délabrement des infrastructures routières, éducatives et sanitaires publics persistent et s’aggravent davantage. Le projet d’instaurer l’Etat démocratique se trouve contraint jusqu’à présent à la volonté des acteurs politiques d’établir et de respecter les normes et principes consubstantiels à la bonne gouvernance et de gestion transparente au plus haut niveau dans la finance publique. L’environnement étatique haïtien est enclavé jusqu’à présent dans un cercle vicieux de duperie et de tromperie des dirigeants et hauts fonctionnaires d’Etat vis-vis de la population par le mécanisme de rallonge de promesse et de projets frimant et fictif dans la grande majorité des cas.

 

Le phénomène de la corruption jusqu’à présent constitue l’un des obstacles majeurs à la bonne marche des institutions étatiques. Corréler par l’impunité et l’irresponsabilité des acteurs du système judiciaire, elle (la corruption) semble profiler, instaurer un imaginaire incontournable de pratique et d’interaction libertine emballant fonctionnaires et officiels dans les différents domaines de l’administration publique haïtienne. Dans beaucoup de situation exigeant des enquêtes approfondies pour établir la vérité sur des sujets d’intérêts publics, on trouve les concernés (présumé coupable et justiciable) se livrant à des tours médiatiques sans en être poursuivis ou interpellés par la justice. En ce sens, les affaires de surfacturation et du détournement de projets du fonds du petro-caribe est un exemple frappant du piteux état de l’appareil judiciaire haïtien, et aussi est représentatif du niveau de moralité des autorités publiques. Dans cette affaire, la justice s’efface promptement aux échappatoires médiatiques des présumés corrompus et corrupteurs. Le régime actuel dirigé par le président Jovenel Moïse, qui se dit lutter contre l’orchestration et manèges liés au phénomène de la corruption, regroupe en son sein une quantité de fonctionnaires et d’officiels indexés par le rapport de la commission anti-corruption du sénat, et qui n’ont même pas été écarté de leur fonction pour être entendu par la justice. Les corrupteurs et corrompus profitent tous du leste concerté consciemment ou inconsciemment des acteurs du système judiciaire.

D’inquiétude ou malaise, pour les malfrats et corrompus, il n’en saurait exister. Tout le réseautage regroupant amis ou hommes de cartels participent de l’orchestration, de l’arrangement des affaires au sein du système judiciaire. Des cas de procès kidnapping du dénommé Sonson la familia, la vague de détournement de projets et de fonds public par le gouvernement de Laurent Lamothe en témoignent beaucoup de l’état agonisant de notre justice. Refoulé par la majorité des gens pauvres de la population, bafoué par les politiques, le système judiciaire haïtien connait depuis l’entame de la « transition » une décrépitude acerbe. De jour en jour, les médias télévisés et radiodiffusés par leur tribune semblent inconsciemment ou pas, vouloir supplanter les différents tribunaux du système judiciaire haïtien. La légèreté des cadres, fonctionnaires, parlementaires, ministres et chefs d’Etat dans le traitement des affaires de la république, témoignent à chaque fois de leur inconséquence, de leur incapacité et immoralité pour faire fonctionner l’administration publique.

Innover, réformer, renouveler la capacité et la potentialité de l’Etat passent forcément par l’optimisation des moyens et la rationalisation des normes de l’administration publique. Toutefois, l’on constate une négligence inouïe, une irresponsabilité éprouvée de la part des politiques et administratifs, synchronisant l’Etat depuis l’entame de la transition « démocratique » jusqu’à nos jours. Leur désinvolture pour l’instauration d’une nouvelle administration publique transparente et moderne est manifeste. Les fonctionnaires restent quasiment en marges de l’usage des nouvelles technologies, les services perpétuent dans le débordement, la formation des cadres est à peine assurée. Le marasme fonctionnel de l’Etat haïtien, à coup sûr, participe du boiteux fonctionnement des institutions étatiques. La hiérarchie de pouvoir et de responsabilité dans l’administration publique haïtienne n’est aucunement liée à l’exigence du respect des principes, de la productivité et de l’innovation. Au contraire, l’incompétence, l’ignorance et l’ardeur corruptrice sont des cuirassent qu’il faut se revêtir pour pouvoir en trouver sa place. Le fonctionnement minimal de l’Etat haïtien, André CORTEN[3] l’explique et le décrit comme un processus d’affaiblissement perpétuel des dirigeants haïtiens, des institutions étatiques, ce qui leur permet et facilite la subalternisation, le contrôle de la puissance publique tout en éliminant les principes de gouvernance démocratiques et républicaines. Ainsi, renforcer la puissance publique participerait du processus de renforcement de nos institutions, du contrôle des agents et de la bonne gestion des avoirs d’Etat. C’est avec beaucoup de stupéfaction, l’on ne fait que constater la gouvernance « démocratique prônée » par les farouches partisans de la transition politique de 1987 conduit le pays vers un abysse effréné. Structurer, organiser et délivrer non seulement s’éloignent du plan d’action des décideurs mais aussi s’effacent de plus en plus dans le registre décisionnel des dirigeants et décideurs de l’Etat. Et cela concoure malheureusement à la stagnation économique et sociale du pays.

Depuis le passage à la démocratie, avec beaucoup d’effarement chaque administration, chaque pouvoir aux commandes du pays se vante toujours de faire mieux que son précédant. Pourtant dans les faits, aucune réalisation et/ou chantier public atteste des frasques grandiloquentes des uns et des autres. Outre de cette considération, l’on peut constater une sorte de refus, une sorte de dénégation accrue de la part des dirigeants, des gouvernants, lorsqu’il s’agit d’entreprendre les actions symbolisant le progrès, quand il est question d’initier les chantiers modernisateurs de l’Etat haïtien. Aujourd’hui encore, la création et la construction de grandes infrastructures publiques (institutions étatiques et d’édifices publiques), dans la majorité des cas, remontent soit avant le règne des Duvalier ou durant leur gestion dictatoriale du pays. La gestion de l’Etat sous l’hospice des gouvernements démocratiques frôle le chaos et s’apparente de plus en plus à la déraison. La tendance est très pathétique lorsqu’on observe de plus près le comportement des dirigeants vis-à-vis du reste de la société. Le mensonge, l’immoralité, la cupidité, les prouesses fanfaronnes et bravaches en sont l’étoffe des officiels de la république. Le sens du sérieux et d’engagement sont relégué au point de dernier souci des différents acteurs des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire).

Plus que jamais, l’Etat haïtien se trouve entravé, plombé dans des scandales à longueur de journée. Les politiques et administratifs ne cessent d’agacer la population avec des affaires les unes plus ignobles que les autres : corruption, détournement de fond public, trafic d’influence, collusion, impunité, abus de pouvoir etc. Un fait reste constant, inébranlable dans l’actualité quotidienne des politiques, l’accusation réciproque et du dénigrement à tout prix entre pairs, dans l’optique de trouver bonne grâce auprès de la population qu’ils ne cessent de dépouiller et de dédaigner. Les officiels sont extrêmement frappés par la paranoïa de la perte des privilèges. Une fois en fonction, l’élue peine à se détacher, à se défaire de la posture de candidat ou de pressenti. Même en investissant la fonction ou le poste ces derniers (élus et fonctionnaires) sont en mal de se représenter leur responsabilité. De telles attitudes et comportements semblent participer du mécanisme incessant d’usage de mensonge et de tromperie des politiques vis-à-vis des dirigés.

Et c’est en ce sens que Gérard BARTHÉLÉMY[4] évoque le côté trompeur et même manipulateur des acteurs de la transition politique post-dictature, en constatant que les velléités de changement exprimées par les masses en soulèvement contre le régime duvaliériste en 1986 n’allaient pas être prises en considération dans les agendas politiques des dirigeants de l’ère démocratique. Les catégories sociales massivement pauvres des bidonvilles et de la paysannerie n’allaient pas être accompagnées par les différents gouvernants « démocrates » en vue de trouver une certaine satisfaction par rapport à leurs diverses revendications qu’elles (les masses ouvrières et paysannes) avaient formulées. Au contraire, la précarité quotidienne de ces couches sociales négligées, n’est pas prise en compte dans la conception et l’exécution des programmes/projets publics. La liberté d’expression, l’un des acquis importants reconnu et garanti par la constitution de 1987, se trouve réinterpréter dans l’arène politique comme le libertinage de tout dire, et s’apparente à l’expression du verbiage, du radotage et bavardage des politiques en s’accaparant l’Etat.

 

L’Etat « démocratique » à l’épreuve de la sérénité et de la véracité du dire.

Plus que jamais, la société haïtienne se perd dans la fourberie, dans l’impunité et aussi bien s’enfonce dans le dilemme de l’exceptionnalité du vrai. Au plus haut sommet de l’Etat, les politiques, par leur persistance dans l’irraisonnable, la duperie et le malfrat taraudent sans répit l’abysse de la parole mystificatrice et trompeuse. L’ère de la parole libre, conquête des groupes sociaux majoritairement méprisés, défavorisés de l’ancien régime, est complètement retournée contre cette majorité. Les médias, en grande proportion participent de cette dynamique de restriction de parole aux masses défavorisées du pays et s’imbriquent dans la marchandisation de tribune aux groupes et catégories sociales disposant de grands réseaux d’influences et moyens financiers, particulièrement les politiciens en vue d’une certaine pérennisation du statu quo.

En outre, toute la lubie de transparence gouvernementale, de justice sociale et de répartition équitable des richesses de l’Etat claironnés par les gouvernants « démocrates » ne se réduit qu’à des palabres. La tyrannie de la parole mirobolante, de la fugue allocutive incorpore la nouvelle classe dirigeante, et s’établit en tant que mécanisme de réitération et de perpétuation de la domination du grand nombre. Il ne serait pas de trop d’entrevoir dans le processus de déroulement de la transition politique initié par le pouvoir démocratique du président Aristide en 1991, une entreprise d’instauration d’arrangement et de positionnement dans l’arène politiques des clans de frustrés, de torpilleurs, de revanchards, de grandiloquents et de corrompus. Tous les référents communicatifs d’acteurs du nouveau régime évoquant l’Etat responsable et la bonne gouvernance des autorités publiques servent à masquer l’interminable pratique redondante de dédouanement, d’irresponsabilité abjecte des dirigeants politiques. L’implantation du nouveau régime politique post 86, participe et amplifie la logique et stratégie communicationnelle structurant les inconséquences et le manque d’engagement des dirigeants face aux multiples défis du « nouvel Etat ».

L’étoffe structurelle et discursive de la politique d’imposture et du désengagement de l’Etat et de ses moyens, consubstantielle à l’arène politique nouvellement établie et instituée lors du changement de régime en Haïti post-Duvalier. Cette dite étoffe s’active et se modélise à chaque fois, suivant des dynamiques temporelles et sélectives d’annonces et de promesses, représentatives d’un ethos nonchalant et de supercherie caractérisant toutes les entailles de l’administration publique, particulièrement son mode d’organisation. En s’activant de manière représentationnelle, les communications des hommes et femmes politiques du pays ramènent le jeu politique à un niveau d’enclos tel, on entreverrait un pacte, un complot tacite des acteurs politiques indifféremment de leur horizon politique. Ils-elles se rangent dans un même registre de discours quand il s’agit de s’adresser aux grandes couches sociales défavorisées, aux masses précaires de la société haïtienne.

Cette triture gouvernementale s’impose par la force de l’exercice et de la pratique délibérée des politiques, s’octroyant de façon unilatérale le pouvoir de dire n’importe quoi et n’importe quand à la population, sans aucune retenue et sérénité. Les acteurs politiques, une fois dans l’étreinte de la gouvernance se confine dans leur glas de privilégié. Ils se prélassent le plus souvent d’une attitude de fuyard ou de victime. Un mécanisme leur permettant de se démarquer des affaires de la population pour se procurer, s’inventer des mécanismes d’auto-contrôle et d’arrangement entre autorités et hauts cadres de l’Etat pour mieux gérer et organiser la corruption d’Etat. Ce qui amène le plus souvent, une rhétorique de déresponsabilisation dans la fonction publique haïtienne, c’est-à-dire dans l’exercice d’une fonction politique, impliquant l’administration publique ou de la gouvernance publique, on entend souvent des titulaires tout en étant en position de responsabilité se plaignant de la mauvaise gestion de l’institution ou de la boite qu’ils dirigent. D’autant plus, c’est sans gêne que l’on trouve des chefs d’Etat ou chef de gouvernement en fonction évoquent l’Etat en ces termes :

« leta sa a nou paka fè anyen avèl, nan eta li ye la », Evans Paul, de son rang de premier ministre sous la presidence de Michel Martelly lors de son passage à l’émission le point animée par Wendel Théodore en mars 2015.  On peut en ajouter l’ex president Martely « sistèm politik kila a pouri, ou paka fè anyen avèl ». Lors de son discours d’investiture en mai 2010.

Des types de discours, on les repère très couramment chez les grands commis de l’Etat. Ils cherchent toujours une échappatoire, ils veulent constamment dissimuler maladroitement leur responsabilité dans la gabegie institutionnelle et administrative en étant en fonction. Ce qui témoigne de leur part un type de fatalisme agissant, tout en étant en position de décideur dans la haute fonction publique. Cette attitude ou posture des responsables d’Etat structure le champ de la responsabilité politico-administratif et institutionnel haïtien. Elle crée une sorte de prédisposition à accepter l’anormal, l’incompétence et l’irresponsable comme cadre de figure, ou comme épiphénomène par la force de la représentation et de l’imaginaire de l’Etat vache-à-lait produit par les politiques.

Dans la majorité des cas, la mobilisation du mal du pays des hommes politiques et/ou candidats ramasse ou retrace l’ethos dénonciateur rejoignant une forme spécifique de discours politique intégrant l’art de masquer. Ils ne s’importunent pas réellement de l’obligation de changer le mauvais cap fonctionnel de l’administration qu’ils entendent diriger. Dans cette perspective, il est important de situer à chaque fois le porteur du discours par rapport au système discursif diffus dans l’arène politique. L’usage préféré et adopté de nos responsables en Haïti, accrochant le mensonge et la parole fabuleuse peut être saisi comme un actant du système politique. En ce sens Pierre Bourdieu évoque « l’importance et la force de la représentation en rapport aux liens sociaux et communicatifs d’acteurs construit autour d’un phénomène sans que ce phénomène soit réellement l’objet réel de l’énoncé [5]». Quand on évoque la corruption en Haïti, surtout les politiques, on en fait pas débat pour réellement plancher sur la question. Le plus souvent le lieu et/ou l’individu qui porte le discours est davantage plus préoccupant que le phénomène lui-même. Vu que, surtout au niveau de l’Etat manifestement, sa présence (corruption), semble créer plus de spectacle que de mesure pour redresser et sanctionner les pratiques l’engendrant.

L’épreuve de laquelle l’on parle dans ce texte, interpellant l’Etat haïtien dans l’ère de la démocratie, n’est autre que les conjonctures et circonstances se présentant à chaque fois dans la vie de la société haïtienne apostrophant le réalisme et le scrupule des dirigeants. S’il est vrai que    le chantier de l’implantation, de l’instauration d’une autre culture politique n’allait pas se faire, se réaliser sans hésitation et trébuchement, toutefois le leurre et la supercherie ne sauraient mieux armer les acteurs dans cette entreprise. Déjà la réinvention de la politique dans le contexte de la réorientation et de la reconduction des rapports de pouvoir entre les dirigeants et la population est très mitigée, très soupçonneuse. L’accumulation de déficit de transparence et de rectitude des dirigeants dans les aventures engageant le sort des citoyens participe d’une complication extrême des rapports citoyens-décideurs. La persistance des flux de promesses de la part des politiques comme mécanisme de conservation et de préservation de liens et rapports avec la population concourt à l’étranglement et à la dénaturation des attentes des catégories sociales dominées dans la transition politique. Par ce fait, les politiques, jusqu’à nos jours, plus de trente ans après l’entame du processus par la force de l’irréalisation et de faible accomplissement se mettent incessamment à mobiliser les mêmes inquiétudes, les mêmes désarrois présentés sous l’échiquier politique par les catégories sociales défavorisées majoritaires du pays depuis la grande révolte de 1986.

Il suffit de procéder au décryptage, à l’examen des maquettes de communication électoraliste depuis la campagne électorale de 1990 jusqu’à date pour comprendre l’interminable procès de mythification du changement des rapports des politiques vis-à-vis de la population. Le discours articulant le besoin de changer les choses, de refonder l’Etat, de mettre les institutions républicaines au service des masses défavorisées du pays se cantonnent depuis l’ère d’Aristide jusqu’à Jovenel Moise aujourd’hui. La problématique de la sécurité alimentaire, du relance de la production nationale et de la préservation des terrains agricoles à l’échelle nationale, continue de ne pas être une préoccupation pour l’Etat de la transition politique. La répartition et la redistribution des biens et services de l’Etat, à travers toutes ses institutions et de ses composantes, l’exigence cruciale, fondamentale de la grande majorité de la population aux protagonistes de la transition reste refoulée.

Trop à l’affût de la substitution des groupes privilégiés de l’ancien régime, la nouvelle classe politique émergée n’allait se composer que de groupes d’intérêt rôdant autour de la nouvelle administration publique, visant tous, la confortation de pouvoir, d’avoir et de privilèges en gardant captif l’Etat « démocratique ». La mise à l’écart tentaculaire des couches populaires venant des catégories paysannes, ouvrières dans la redistribution de services par le nouvel Etat atteste des legs exclusivistes de la dictature. L’imaginaire de privilégié, de conquérant orchestré et promu par le pouvoir politique depuis le fondement de l’Etat haïtien a eu tout son effet dans l’implantation de tous les régimes se défilant au pouvoir depuis 1990. Le dilemme de la gouvernance démocratique haïtienne semble s’inscrire dans l’adulation effrénée du mensonge dans les plus simples interstices de la politique. Au fait, le mensonge intercepte la politique par sa surreprésentation dans l’arène, mais concourt très souvent dans l’entremise de séduction.  Dans cette perspective, Patrick CHARAUDEAU écrit :

« Dans l’arène politique, il est impossible de ne pas mentir, au moins par omission. Pour réduire les risques, les acteurs disposent de stratégies discursives bien rodée : celle de l’oubli, du fou, de la dénégation et de la raison d’Etat. »  Plus loin dans la réflexion, il poursuit en disant « ce qui compte, dans le mensonge, n’est pas son fait, mais le motif qu’il suscite. D’une manière générale, il est un acte de langage qui obéit à trois conditions : énoncer le contraire de ce que l’on sait ou pense ; en être conscient de ce qui fait un acte volontaire ; donner à son interlocuteur des signes qui fassent croire à celui-ci que ce que l’on énonce est identique à ce que l’on sait ou pense, ce qui distingue le mensonge de l’ironie[6] ». Toutefois, son recours et sa récurrence démesuré dans les liens entre la population et ses dirigeants semblent concourir à délégitimer son usage.

L’inflexion quasi totale des dirigeants aux mensonges et la délinquance officielle comme manœuvre de gouvernance, complique et restreint les possibilités d’inter-compréhensibilité dans l’expression et l’assise de la démocratie en Haïti. Tenir toute une population sous l’emprise de fausses promesses et d’allocutions manipulatrices, loin d’engendrer un climat de tranquillité, de sommeil chez les grandes masses pauvres, peut se révéler incitateur d’actions violentes et illimitées dans ses portées. D’ailleurs l’on a déjà vécu ces scènes-là sous le régime de Sylvain Salnave et aussi sous celui de la dictature des Duvalier. Le mensonge, comme mécanisme de diversion des politiques, ne fait pas cavalier seul s’agissant des manœuvres, des acrobaties mobilisées par les dirigeants pour détourner l’attention de la population, surtout les catégories défavorisées (paysanne et ouvrière) sur leur mauvaise gestion. Leur disposition (les dirigeants) à inventer en grande propension des scandales, fabriquées, provoquées et planifiées accompagne quasi immanquablement leur opération mensongère. Les multiples occasions de dévoilement de mauvaise gestion, de dilapidation et détournements de projets fonds publics, d’impunité et d’enrichissement illicite orchestré par les dirigeants d’Etat en sont récurrentes dans l’actualité politique. On peut encore revenir avec le dossier de petro-caribe par le corps parlementaire durant ces deux dernières années.

Plancher sur le dossier et créant tout un suspens dans la population, l’assemblée des sénateurs semble enfouir l’affaire dans une nébuleuse attente. Un ensemble de manœuvre discursive maladroite se déploie par le sénat haïtien, les unes plus grotesques que les autres. Diversion, verbiage et pots-de-vin dénoncés entre pairs dans l’affaire, semble participer d’un mécanisme de neutralisation de l’opinion publique. Un fond que nos petits enfants auront encore à rembourser, une dette crapuleuse que les contribuables doivent supporter le coût pour le simple fait d’avoir été spectateurs et victimes de l’avidité, de la cupidité des dirigeants de la république.

De façon pérenne, les gouvernements et gouvernants dilapident les fonds publics, et s’en remettent à chaque fois à la rhétorique du subterfuge, de démagogie et des arguties fagotées de toute pièce, au cas où la clameur publique s’y mêle.  Toutefois, par mégarde ou incommodité la justice penserait à s’y introduire. Lors d’une séance en assemblée de sénateurs à la fin du mois d’octobre dernier, une altercation s’est éclatée dans un échange sec de propos irrévérencieux entre le sénateur Antonio Cheramy et Hervé Foucand sur le dossier de corruption du fonds petro-caribe. Lors de l’engueulade, c’était sans aucun retenu et dans une ambiance burlesque qu’on assistait à une scène de grogne et de récrimination mutuelle. Une scène dans laquelle les deux sénateurs se guerroyaient et se renvoyaient les insultes en ces termes ; on pouvait entendre le premier crier :

« sepa sena a se yon bann vòlè ki ladann » et l’autre répliquait « pa gen moun ki sen la tout moun mouye nan dosye petro-caribe a ».

Ces exemples pris de façon éparse, comptent pour le moins parmi les multiples situations qu’on pouvait en mobiliser. Dans la majorité des cas, des situations concernant la reddition de compte et d’établir les responsabilités d’acteurs de la gestion des affaires publiques ; pour lesquels la population exige et attend des explications des gouvernants, aucun sérieux, ni sens de responsabilité sont à rechercher du côté des dirigeants. Au-delà du fait que les décideurs au niveau de l’Etat s’en moquent royalement du droit de contrôle de la population, d’autant plus, ils estompent par cette attitude et cette posture la possibilité de la réalisation de la politique. Sachant que tout régime de démocratie représentative implique forcément l’explication entre les représentants et mandants. La politique, telle qu’elle est aussi exercée dans le cadre de l’instauration et de la consolidation dans l’ère de la transition, se ramène trop souvent aux fresques du soupçon. Le grossissement de confusion et l’averse d’accusation sans suite, de dénigrement crû, mobilisés constamment par les hommes d’Etat dans l’administration publique de manière réciproque, dissimulent, maquillent les défis sociaux pour lesquels ils ont été choisi pour adresser et améliorer. L’arène politique établie après les Duvalier semble se ramener pour être moins férule, à un cadre représentatif d’enrichissement par les différents occupants-tes et constitue du coup l’espace de prédilection pour l’accumulation de biens illicites et de privilèges déraisonnés dans l’Etat.

Les aveux de l’ex-sénateur Anacacis Jean Hector dans différents médias, particulièrement dans l’émission animée par Marie Lucie Bonhomme : l’invité du jour – en novembre 2011 décrit très bien la corruption de nos législateurs.  Il a tenu à préciser pour l’auditoire, concernant le vote favorable à Laurent Lamothe pour devenir premier ministre du pays : « tout moun mouye. Gen sa ki te jwenn gwo malét e gen lòt ki jwenn ti malèt ». La question de l’idéologie politique, de la sérénité et d’engagement sur les conditions précaires de la population ne sont jamais prioritaires pour ces derniers. Les parlementaires (députés et sénateurs) ont choisi de s’enliser sans aucune retenue dans l’appât du troc de vote contre des pots-de-vin et faveurs provenant du réseautage de Laurent Lamothe. Le spectre de la corruption, vraisemblablement, ne cessera pas de s’étendre sur      le pays, car les plus hauts placés dans l’Etat se rangent en ignobles promoteurs. Rendre l’Etat aux catégories sociales négligées et méprisées durant les décennies de la dictature, tel a été le cri des millions d’haïtiens et haïtiennes lors des mouvements de révolte un peu partout sur le sol haïtien aboutissant à la fin du régime des Duvalier.

Revenons sur la question des scandales ! Toute la dynamique de fourvoiement, tout le mécanisme d’errements machiner par les représentants de l’Etat s’associent des circonstances peu claires articulant suspicions voulues, très souvent, dans le cadre des actions posées ou menées au nom de l’Etat ou sous le couvert d’autorité publique. Le flux et la récurrence des actes répréhensibles des hommes et femmes au pouvoir en Haïti éclipsent leur responsabilité et fonction par leur prolifération dans toutes les structures étatiques. Du détournement de fonds publics par un directeur général de l’ONA, Sandro Joseph, pour l’achat cash de voitures neuves à des époussettes sous le régime de René Préval. De l’accusation de viol d’une assistante de bureau par le président du CEP, en occurrence l’avocat Josué Pierre-Louis sous le régime de Martelly ; l’annonce d’émolument de deux millions de gourges faite par le premier ministre Evans Paul en faveur de chaque ancien haut dignitaire de son gouvernement en fin de mission, sans prévision budgétaire. Et tant d’autres actes pouvant se catégoriser aux rangs de ces faits situent l’ethos scandaleux des dirigeants et autorités d’Etat. Au niveau de la diplomatie haïtienne, les scandales se parent en grande proportion d’étoffe parlementaire. Et depuis bon nombre d’années pour ne pas dire à l’aube du nouveau régime « démocratique », Haïti n’arrive pas à s’octroyer les bonnes opportunités de coopération et d’investissement étranger vu la maladresse et l’incompétence de nos diplomates et chargés d’affaires. En assemblée, avec beaucoup de stupéfaction et de niaiserie, les parlementaires se balancent et se dénoncent sur le népotisme et le favoritisme étouffant, conditionnant le déploiement de cadres expérimentés, formés, connaissant bien les grandes lignes prioritaires du développement de partenariat dans des domaines stratégiques pour le pays avec d’autres Etats. Des femmes, enfants, amis, époussettes sans compétence et sans formation des parlementaires détiennent des lettres de créance dans nos consulats les plus importants et représentatifs de notre diplomatie. D’ailleurs, l’affectation de la fille non majeure du sénateur Jacques Sauveur Jean au consulat de Washington avait créé, provoqué un scandale médiatique dans l’opinion publique. Fors de cela, l’embauchage massif de personnels dans nos divers consulats par les parlementaires et proches des dirigeants au pouvoir témoigne de la situation déplorable du fonctionnement de notre diplomatie.

Les signaux de pays assisté que l’Etat haïtien continue d’envoyer aux pays voisins et amis sont du ressort du fonctionnement diplomatique exécrable dans lequel le pays s’est longtemps plongé. Gouvernement après gouvernement, législature après législature, la population n’est jamais informée de l’orientation des politiques étrangères du pays, en termes d’axes prioritaires pour le développement d’accord et de partenariat durable dans les domaines de santé publique, d’éducation, de formation professionnelle, d’agriculture et autres. A l’exception des rares cas comme l’accord passé entre le gouvernement d’Aristide en 1995 et de celui de Cuba pour la formation de professionnels en soin de santé, poursuivi par le président Préval lors de son premier mandat. Toutefois, l’on connait bien les suites malheureuses de cet accord, l’Etat haïtien n’a pas su intégrer ces professionnels de la santé dans le régime sanitaire public. Beaucoup de jeunes haïtiens-haïtiennes ont pu bénéficier de bourses d’études après le séisme de 2010, dans des domaines quasiment non répertoriés par l’Etat haïtien, s’agissant des programmes d’études constituant une politique de mobilisation de savoirs et techniques pour le besoin de l’Etat.

Ainsi, ce dont les politiques appellent couramment « transition démocratique » en Haïti, semble rejoindre une avalanche de reconduction de pratiques et imaginaires, réinterprétés dans un système politique se réfutant les personnels ayant servi le duvaliérisme sous prétexte de nouvelles présences dans l’arène.

 

[1]– HUNTINGTON, Samuel “The change to change: Modernization, Development, and Politics”, Comparative Politics, Volume.3, n° 3, p.288, Avril 1971.

[2]– GRISTI, Eric, La réforme de l’Etat, p. 354, Paris, Vuibert, 2007.

[3]– CORTEN, André, L’Etat faible. Haïti et la République dominicaine, p. 71, Editions Mémoire d’Encrier, Québec 2011,

[4]– BARTHELEMY, Gérard, op.cit, page 45.

[5]– Bourdieu, Pierre, Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, p.105, Paris, Edition Fayard, 1982.

[6]–  CHARAUDEAU, Patrick, “ L’art de mentir en politique”, Article de la rubrique “Focus”, n° 256, Février 2014.

Haïti-COVID-19 : Devrait-on parler d’enjeux ou d’opportunités pour l’agriculture haïtienne ?

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Par Jabin PHONTUS

« On ne devrait pas parler d’impact négatif, le coronavirus n’est qu’une opportunité de faire valoir la production nationale, de promouvoir l’émergence de nos milieux ruraux », avance l’Ing-Agr.Talot BERTRAND à l’émission ECHO+.

Reçu comme invité  à l’émission ECHO+  sur les ondes de la radio Télévision Caramel, le samedi 30 Mai 2020 à 6h pm, l’Ing-Agr.Talot BERTRAND (secret.gén.PROMODEV) n’a pas retenu ses mots pour dénoncer le mépris des autorités haïtiennes de l’agriculture.  Dès la lueur de l’année 1986, on assiste à un déclin évolutif de l’agriculture. L’adoption d’une politique néolibérale imposée de l’extérieur par manque de clairvoyance de nos politiciens affecte gravement la production agricole. L’importation devient de plus en plus importante avec la baisse des tarifs douaniers.  Ne pouvant plus rivaliser les produits étrangers par leurs faibles coûts, le paysan se trouve dans l’incapacité d’écouler ses produits. L’abattage abusif des arbres pour le charbon de bois semble devenu l’issue favorables des paysans. Suite à ce recours, la dégradation de l’environnement tant vers son paroxysme. La production nationale ne satisfait à présent que 45% de la demande en consommation alimentaire. La plus grande satisfaction découle de l’importation qui effrite l’économie du pays. 45% du PIB dans les années précédentes découlaient de l’agriculture. L’exportation du café, du cacao, du sisal, de la mangue francisque et l’huile de vetiver font la réputation mondiale du  pays.  Malgré tout, l’agriculture représente aujourd’hui 25% du PIB et emploie plus de 70 % de la population.  Avec le Coronavirus, la pression devient palpable au niveau mondial sur tous les angles. Le monde fait face à une pénurie alimentaire ce qui sonne mal pour un pays voué à l’importation. Haïti selon l’ing-Agr.Talot BERTRAND, a la capacité de produire mais n’a pas ce flux de volonté ancestral d’agir pour le bien commun. Avec un potentiel exploitable de 10 000 ha de terres arables, le pays dispose suffisamment de ressources. « Bay pèp lan lamanjay, se pa sa ki nan ajanda mesye dam ki nan gouvènman yo », affirme l’Agronome. Avec plus de 4.1 millions d’Haïtiens qui se trouvent dans l’insécurité alimentaire selon la CNSA (Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire), le pays a de quoi s’inquiéter pour les jours qui suivent. Nourrir sa population est une obligation première à tout gouvernement qui par une politique agricole adaptée et soutenue  doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire.

Définir une politique agricole

L’obligation de définir une vraie politique agricole est de plus en plus percutante. Plus de personnes vulnérables à nourrir et on ne peut pas compter sur l’extérieur.  Il faut agir en amont  pour porter des solutions urgentes et durables. Le regard doit se porter techniquement sur le renforcement de la production nationale comme issue. Une politique agricole visant le renforcement des activités productives est nécessaire. Prenant compte de nos ressources disponibles et la réalité présente pour établir une politique adaptative. Le premier devoir est d’assurer les agriculteurs contre les différents aléas d’ordre climatiques (naturels) ou socioéconomiques. Pour en parvenir, un accompagnement technique, scientifique est de mise pour le paysan. La disponibilité du capital, un élément essentiel pour subventionner les intrants et pour faciliter l’accessibilité aux agriculteurs. Le milieu rural haïtien, centre des activités agricoles doit être considéré à sa juste valeur. Création d’infrastructure pour maintenir la main d’œuvre et pour améliorer la condition d’existence du paysan. Le développement rural est la clef pouvant solutionner ce fléau destructeur, lexode rural. D’autre part Les Universités doivent êtes bénéficières d’accompagnement pour la recherche afin de procurer obligatoirement le service dû.

Un ministère d’agriculture pour faire quoi ?

Dans son appellation relève une grande mission, Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR). Une institution mandatée pour sauvegarder les activités agricoles par l’utilisation durable des ressources naturelles et pour favoriser le développement rural. Sauvegarder implique une tache administrative qui assure la gestion à un but précis. Sur cette mission une remise en question de l’existence du MARNDR en Haïti n’est pas à négliger.  « Pa gen ministè agrikilti nan peyi » dénonce l’agr. Talot BERTRAND, de son côté c’est plutôt une institution de snobisme. Les fermes agricoles du pays existent à peine et les BAC sont inactifs. Le ministère et le pouvoir exécutif doivent travailler de concert pour consolider la politique agricole. Connaissant les priorités et détenteur de cadres professionnels, le MARNDR a l’autonomie d’influencer son allocation au budget de l’exercice fiscale. Pour une relance agricole dans le pays, 3.4 % du budget de l’exercice fiscale 2019-2020 est accordée au Ministère de l’agriculture. Une diminution hautement remarquable par plus d’un dans la société civile mais reste encore inaperçue aux yeux des autorités.

Une opportunité de plus

Haïti sujet de plusieurs faits tant naturels et sociaux a eu une multitude d’opportunités de relancer son économie en se basant sur ces ressources. Par faute d’application d’une bonne politique publique, le pays est resté dépendant des puissances prédatrices du monde. De 1986 à nos jours, l’idéale patriotique n’a jamais eu sa place dans les différentes formes de politiques appliquées. Le Coronavirus par son apparition appelle les citoyens à une conscientisation. Cette pandémie occasionne une valorisation beaucoup plus poignante sur la production locale et nos plantes médicinales. Enorme la quantité de gens qui en fait usage et en fait l’éloge mais la question reste encore controversée aux yeux de nos politiciens. Assurer le bien être de chaque individus sur le territoire devrait commencer par satisfaire leurs besoins alimentaires.

Le budget 2019-2020 témoigne les préoccupations de l’Etat,  les 3.4% pour le secteur agricole prouvent que le bien être de la population est bien loin d’être prioritaire pour les autorités Etatiques.

Qu’en est-il du littoral haïtien ?

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Par Jabin PHONTUS

Comme tant d’autres pays, Haïti possède une richesse exquise et particulière.

Occupant le tiers occidental de l’île, Haïti couvre une superficie terrestre de 27 750 km2 (soit 36 % de l’ile).  Il faut en considérer les 39 000 km2 de mer qui s’associent aussi pour définir le territoire. Le pays partage à l’Est une frontière de 360 km avec la République Dominicaine. Au Nord, l’océan Atlantique baigne l’île de concert avec la mer des Caraïbes au Sud.  De part sa superficie, Haïti (l’île) est classée la deuxième plus  grande après Cuba dans la Caraïbe. Le littoral haïtien qui s’étend sur une longueur de plus de 1500 km, est sujet à de très nombreuses menaces. Ce milieu, on constate, est laissé aux assauts de l’exode rural. Avec l’accroissement de la population, le déplacement des gens vers les littoraux est considérable. Relevé du domaine public de l’Etat, il n’existe aucune gestion adéquate de ces espaces jusqu’à date. La plupart des côtes protégées par les mangroves sont pris pour cibles. Ces plantes ligneuses sont utilisées pour le charbon de bois et matériaux de construction. Pourtant elles fournissent à certains animaux aquatiques des habitats et représentent un atout contre l’érosion des côtes. Suite à cette destruction s’ajoutent des abris non réglementés formant une agglomération. Le littoral est vu comme le site de déchet de toute sorte affectant l’écosystème marin. Une pèche artisanale non contrôlée est pratiquée mettant en dérive les ressources halieutiques. Le flux d’objet plastique venant de toute part sillonne les côtes. L’érosion des bassins versant dû à l’abatage des arbres détruit les récifs coralliens. On assiste à une dégradation fastidieuse résultante de l’action anthropique.

Un capital non exploité

Le pays possède une source économique de plus grâce à cette grande ouverture sur l’horizon de la mer. Sa couverture marine habite environ 12 000 espèces de poissons. Il en existe  10 000 espèces de végétales marines appropriées pour l’industrie pharmaceutique. Les littoraux offrent un champ d’activité assez vaste et rentable pour contribuer à l’autonomie financière. La pêche est une filière prometteuse mais culturellement vue comme une activité marginale. En plus de la perception dégradante vis-à-vis  de cette pratique, il n’y a pas d’encadrement technique et socioéconomique pour les pêcheurs. Plus de 52 000 familles vivent régulièrement de la pêche, dont 12 000 marchandes de façon indirecte et environ 7 000 « madan sara ». La production halieutique est estimée à plus 15 000 tonnes par an soit moins de 50% de la demande locale. Le pays importe  plus de 16 000 tonnes par an pour couvrir la demande locale et exporte 800 tonnes. Ayant une capacité de production pouvant doubler la quantité annuelle, ce secteur génère environ 130 millions de dollars USD par an. Au fait, s’ajoute le tourisme qui représente une source de revenu incontournable. Le littoral haïtien naturellement est sujet de convoitise de par ses eaux tropicales et la beauté du paysage malgré tout. L’industrie touristique est une filière importante dans l’économie des pays de la Caraïbe. En 2011, ce secteur a généré 23,9 milliards de dollars  dans la zone. En 2015 pour Haïti, sa contribution au PIB du pays est de 3.5% avec 4 169 emplois directs. En 2016 un apport de 504 millions de dollars USD est enregistré dans la balance économique du pays grâce à ce secteur. Mal entretenu, le littoral haïtien a la capacité de dynamiser l’attraction touristique du pays. Pour y parvenir, il faut bien l’application d’un plan de développement pour sa mise en valeur. Avec ses côtes, le cabotage peut procurer des emplois et favoriser le déplacement sur tout le territoire.

On n’en pense pas

L’opportunité qui s’offre au pays sur toute la longueur de son littoral n’est pas encore sur la table des décideurs. Avec un taux de chômage qui varie entre 50  et 70 %,  l’exploitation de ces ressources est nécessaire. Une politique de développement durable pour nos côtes affecterait positivement le système économique. Cela permettrait de créer beaucoup plus d’emplois par la pluralité d’activités  pour aboutir à la baisse du taux chômage. Avec 0.6% du budget de l’année fiscale 2019-2020 alloué au ministère de l’environnement cela ne rassure point. La menace environnementale presse encore plus et le littoral n’est pas épargné.

Le désastre qui suit n’en fait pas d’exception à la règle mais qui pense à quoi pour le bien être de ce pays ?

Pour faire suite

L’inquiétude qui se pose pour l’agriculture haïtienne autour de cette crise sanitaire que le monde connait aujourd’hui sera sujet de nos prochains écrits…

Parodier, esquiver et gazouiller : le modèle de dirigeant haïtien

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Par JEAN WILLIAM,sociologue, politologue, prof à L’UEH

Très souvent, dans la société haïtienne, les citoyens-nes ne se représentent l’Etat que par désobligeance et désengagement. Les réflexions et critiques souvent émises par des intellectuels haïtiens et étrangers pointent toujours l’Etat comme une structure accumulant échec, inefficacité et irresponsabilité. Les manques de sérénité et de volonté manifeste de nos dirigeants périodiquement, en ayant la gouverne du pays attestent d’une lamentable désinvolte. La culture de nonchalance et de détournement de toute sorte caractérise abjectement le comportement des plus hauts responsables jusqu’au plus petite catégorie fonctionnaire de l’administration publique. Les relations entre la population et ses dirigeants sur la manière d’aborder les défis et handicaps sociétaux dans la majorité des cas, ne relèvent que d’embrouille et de tergiversation. Les décideurs et ordonnateurs de l’Etat se parent de démagogie et de déloyauté, une fois arrivé aux plus prestigieux postes de responsabilité dans l’administration publique. Le reflexe de râpasse, la conception jouissive des officiels haïtiens circonscrivant l’étoffe étatique, frôle, titille son quasi-inexistence.  Lorsqu’on observe la récurrence des pratiques partisanes de gouvernance des autorités d’Etat, l’on peut saisir l’imaginaire de cartel traversant la conception des fonctionnaires de l’administration publique.

En Haïti, les autorités publiques font montre d’une désobligeance historique, s’agissant d’afficher du sérieux et de responsabilité dans leur fonction. Le déni d’engagement et l’influx d’insouciance systématique entrave la gouvernance politico-économique de la société. L’empressement et la volupté des gouvernants les dépouillent presqu’incessamment de tout bon sens, de tout comportement rationnel, méthodique et rigoureux en ce qui a trait à l’organisation et la planification de la vie des gouvernés. Ils (les dirigeants) s’engouffrent et s’enlisent dans des artifices synchronisant subterfuge et supercherie en lieu et place de discernement et potentialité. Des défis de la population, ils s‘en moquent royalement ! Ils préfèrent s’obstiner dans l’étreinte pérenne de leur position de privilégié.

L’attitude victimaire, ajoutée à l’obsession de projection d’innocence chez nos dirigeants, consiste à occulter en toute difformité leur incapacité et incompétence. Des formules grotesques de l’esquive semblent devenir la tendance dominante de fuite de responsabilité et en même temps une quête de bonne conscience des dirigeants vis-à-de la population. Des Jargons comme : se pa fòt nou, nou pa kay bay pèp la manti men nou pa kapab, mare senti nou bagay yo rèd, nou gèlè poko ap soti nan sa nou ye la – sont autant de locution mobilisée dans les communications des responsables et dirigeants politiques haïtiens pour pasticher, ridiculiser la grande majorité de la population en lieu et place d’une concertation sereine sur la délimitation des priorités et urgences. Cette attitude, ce comportement de nos élus et dirigeants contribuent, participent, selon Christophe WARGNY, des mécanismes mobilisés historiquement par nos élites et dirigeants paralysant la création de l’Etat de droit et l’articulation rationnelle de nos institutions. Toujours dans cette même perspective, WARGNY évoque le mal du sous-développement de la société haïtienne en dénonçant la latitude de nos élites et dirigeants en accord ou sous l’hospice des puissances étrangères. Il avance : « Les élites locales, cupides et cyniques, sans foi ni loi ni remords se sont toujours appuyée sur la France et les USA pour maintenir ce pays en quarantaine et en coupe réglée, pour l’empêcher d’exister.[1]» La situation de désagrégation continuelle de la société haïtienne ne cesse d’aggraver presqu’ à tous les égards. Les événements comme les catastrophes naturels, les crises politiques et la dégradation des conditions de vie d’une majeure partie de la population ne ratent une occasion de nous le rappeler. La recension des défis et des situations défaitistes corroborant l’impuissance de l’Etat est quasi quotidiennement manifeste : ici, des populations crevant de faim quotidiennement, là-bas d’autres observant, regardant des proches agoniser sur les parterres des hôpitaux publics. Ces faits, par leur surreprésentation dans le quotidien des gens en Haïti, attestent d’une profonde faillite des élites gouvernantes.

Les indifférences s’accumulent de façon telle que l’imaginaire de dirigeant/responsable d’Etat subisse de grandes carences symboliques tout au long de notre histoire de peuple libre. Cette situation de distanciation entre nos élites dirigeantes et les citoyens-nes remonte vraisemblablement depuis après notre indépendance. Cette situation, Jean CASIMIR la décrit, la présente comme un vrai dialogue de sourds. Il analyse avec beaucoup d’ingéniosité, dans l’un de ses textes, l’abandon des dirigeants du pays vis-à-vis des masses pauvres. Il écrit : « Depuis l’indépendance d’Haïti, le caractère de l’Etat sous-tendant l’infranchissable distance entre les élites et les masses participent d’une politique de non-reconnaissance, ne permet pas de traduire en pratique politique une conception quelconque du bien commun et enterre la possibilité de formuler un réel contrat social.[2]»

Si l’on pousse l’observation depuis la genèse de l’Etat haïtien, la posture affichée très souvent par les dirigeants et élites d’Haïti tout au cours de son « indépendance » vis-à-vis des couches sociales marginalisation et exclusion est la teinte de l’Etat. Le mode d’agir et de planification des catégories dirigeantes s’avère être tout bonnement une pratique politique de renonciation du bien-être de la population par l’Etat. L’analphabétisme, le mal logement, le non-octroie de document officiel d’identification aux haïtiens-nes, surtout aux gens de la paysannerie, constituent des sujets de quasi-renoncement et d’esquive pour l’Etat, s’échelonnant sur environ deux siècles. Le recours incessant aux arguties et des pratiques mensongères, manipulatoires des dirigeants politiques quand il faut rendre compte et expliquer aux contribuables, s’établit presque comme moral politique spécifique des responsables et dirigeants du pays.

Le sens de responsabilité, de l’engagement, la culture de la probité et de l’honnêteté semblent se démarquer de nos leaders et hommes d’Etat, à un point tel qu’ils ne s’en rappellent plus que la politique reste et demeure une affaire de rendre compte, d’assumer et d’endosser.

Dans presque toute l’histoire du pays, servir l’Etat n’implique aucunement les aléas de la gestion rationnelle et de bonne gouvernance. Il suffit des mots, des verbiages d’un haut fonctionnaire ou d’un dirigeant au sein de l’Etat pour suspendre et abandonner une enquête administrative. Et l’enquête, si elle a été initiée dans la majorité des cas n’aboutira jamais. Au sein de l’Etat se trouve toute une logique de connivence entre les différents opérants, indépendamment de toute logique idéologique et partisane de protection de l’autre même étant corrompu. L’imaginaire du retour de l’ascenseur s’érige en échappatoire pour contourner la justice, pour pérenniser la corruption et ses méfaits au détriment du bien-être de la majeure partie de la population.

Les adages : stimulus et insignes de la corruption

S’il s’avère être incontournable dans la production de toute langue et culture, en occurrence, les proverbes et adages. Il se trouve aussi qu’ils sont déterminants dans la structuration langagière et discursive. Cependant, il n’est pas sans importance de se préoccuper des différentes connotations et acceptions sociales qu’ils y épousent. La sociolinguistique dès le début des années 70, avec les recherches ethnographiques de Dell HYMES[3] (1964) aux Etats-Unis, commencent à développer, à intensifier l’intérêt se ramenant aux usages langagiers et aussi aux locuteurs en s’appropriant des réalités sociopolitiques dans lesquelles ils sont insérés et engagés. Cette approche, rejoignant celle de Duranti, optent pour la mise d’emphase et d’acuité sur le rapport du locuteur avec son milieu de production de valeur, de code langagier et actant communicatif. Ainsi, ces deux approches constituent la grille conceptuelle, s’agissant des adages choisis pour notre analyse. Ce qui nous permettrait de faire ressortir, de dégager les mécanismes par lesquels peuvent-ils (adages, dictons) être considéré en rapport aux productions de valeurs dans la société haïtienne post-année 2000 comme stimulus et insignes tonifiant, incitant la corruption.

L’ensemble des adages-dictons que nous essayons d’analyser en rapport à la production du milieu socio-culturel haïtien, présentent, comme dit Duranti[4], une possibilité de saisir la logique qui sous-tend l’utilisation qu’on en fait dépendamment des contextes, et aussi de ce que veut poursuivre le locuteur, et de la personne qui lui est en face. Dans cette perspective, l’utilisation d’un locuteur d’un des adages comme Kolòn ki bat, baz pam, zafè pam, blodè pam, zo kòt pam et j’en passe, est susceptible de rejoindre l’atmosphère, l’ambiance de corruption acerbe dans lesquels la société haïtienne se décompose. La situation d’écrabouillement moral, le spectre d’affaiblissement des normes familiales, la perte quasi-totale d’éthique et de principes régulant les comportements communs se renforçant au courant des deux dernières décennies, participent du momentum de la mise en valeur de ces adages. Autrement dit, l’usage de ces locutions verbales s’imprègne d’une période de grande décadence, de dégénérescence profonde en ce qui a trait aux valeurs soutenant la cohésion sociale, les liens sociaux fondamentaux en Haïti. Ces adages, conçus et émanés d’une ère s’ouvrant sur une vague de désagrégation politique, économique et culturelle, donc sociétale, doivent être délimités aux trames de cette dite production sociale. Les années 2000 ont été marquées par un ensemble de faits, d’événements que l’on peut considérer comme des instants de décrépitudes considérables de la société haïtienne sur plusieurs angles et perspectives. Dans un premier moment, à l’entame de l’année 2000, les rapports de Transparency International sur la gangrène de la corruption d’Etat ont été accablants par rapport aux deux dernières décennies. Pourtant, aucune administration, aucun régime au pouvoir s’est montré préoccupé par rapport aux méfaits du fléau de la corruption, aucune responsabilité n’a été établie, ni culpabilité.

Toujours durant cette période, l’investissement alloué au ministère de l’éducation nationale a été augmenté par rapport au précédent lustre du gouvernement de René Préval de 96. Sur les vingt dernières années, le budget alloué au système éducatif haïtien a été revu à la hausse. Pourtant, plus de 100.000 enfants en âge d’aller à l’école n’ont pas d’accès et en même temps personne n’est responsable de cette privation au sein de l’Etat. Tous les ministres d’éducation titulaire durant cette période, semblent n’avoir eu aucun compte à rendre à la nation sur l’inadaptabilité des curriculums, et le grand manque d’innovation dans le système scolaire haïtien. L’accumulation d’échec des bachelier-ères reste une constante dans la politique éducative du pays et de toute la Caraïbe. S’agissant des slogans propagandistes, de Aristide à Martelly : analfabèt pa bèt, ann kore ledikasyon, Ledikasyon se avnim, edikasyon pou tout moun, nos dirigeant se filtrent de l’empaille de l’esquive et d’irresponsabilité. Aucun effort n’a été consenti sur l’ensemble de cette période par les responsables d’Etat pour construire et augmenter le nombre insignifiant des établissements scolaires et centre d’apprentissage public.

Dans cette perspective, Louis AUGUSTE-JOINT[5] a dressé un tableau du désengagement quasi-pérenne de l’Etat haïtien depuis sa création en 1804 jusqu’à nos jours dans l’offre de l’instruction publique au profit du secteur congréganiste et privé. L’Etat se refuse l’organisation et le bon fonctionnement du système d’éducation/d’instruction public, en reconduisant des allocations dans le trésor public aux secteurs congréganiste et privé, du coup promouvoir un système scolaire à plusieurs vitesses, générant inégalités sociales et discriminations. Dans ce même système d’instruction publique, dit-il, l’Etat haïtien est impliqué à moins de 20% dans toutes les infrastructures scolaires et éducatives du pays. L’enquête PISA de l’OCDE de 2015 sur l’état de l’éducation dans le monde place Haïti avec la Somalie et le Bengladesh parmi les pays ayant le système éducatif le plus défectueux. Au niveau des établissements scolaires, sous l’appellation de journée récréative, incluant des activités musicales et artistiques, la culture bòdègèt[6] se profilait déjà. L’avènement des pratiques obscènes et vilaines de part des élèves, visiblement, ouvertement à l’intérieur des centres scolaires y était déjà.

Sur le plan économique, la balance commerciale du pays n’a cessé d’être déficitaire depuis l’avènement des instabilités politiques survenues après les élections de 2000 amenant Aristide au pouvoir. Le cycle de dévaluation de la monnaie nationale de manière spectaculaire y accélérait aussi. Les investissements extérieurs et les activités commerciales des hommes d’affaires du pays commençaient à se ralentir. La dette publique extérieure avoisinait plus de 900 millions de dollars selon le rapport de FMI[7]. Toutefois, les différents gouvernements couvrant cette longue période 2000 à nos jours, ne s’attelaient pas à travailler pour réduire les impacts négatifs de la dette externe du pays. Au contraire, la précarité atroce de la population n’a connu aucun répit. Dilapidation, escroquerie, détournement de biens et fonds publics, blanchiment de capitaux, l’inféodation de l’administration publique au profit de clan divers des hommes d’affaire du secteur privé et de sympathisant politique, se dissimulant sous des aphorismes : kolòn ki bat, baz pam, zafè pam, enjoignant la gouvernance dans un cercle vicieux de favoritisme sectaire.

Ces expressions ont réellement impacté l’imaginaire collectif à partir des réseaux de partisan mise en place, implanté ouvertement sous le régime d’Aristide de 2001. Ils (les dictons) symbolisent l’appui du pouvoir à ses partisans ou sympathisants dans le cadre d’octroi de faveur ou bienfaisance par le biais de financement de petits projets corporatiste et aussi par l’attribution ou l’octroi des positions au sein de la fonction publique. Ces dits adages et d’autres n’ont pas cessé de métaphoriser les mêmes pratiques prenant corps dans l’espace socio-économique d’autres régimes et dirigeants politiques succédant le pouvoir de 2001 d’Aristide. Sur le plan politique, cette période a été témoin de grands bouleversements au niveau de l’échiquier politique. L’accaparement et le boycottage des majorités centres de vote par les sympathisants du parti politique Fanmi Lavalas, famille politique dont le président Aristide a fondé, a été le début d’une longue contestation de son élection et aussi de celui des différents élus de son regroupement politique sur tout le territoire. L’opposition politique étant constituée contre le pouvoir, en étroite relation avec l’université s’érigeaient comme la seule force politique capable de faire rebrousser chemin aux velléités dictatoriales du régime Lavalas. Le pouvoir d’Aristide d’alors, incapable de contenir les différents mouvements de grèves et des manifestations massives réclamant son départ du pouvoir, répliquait aux branles des contestataires par la dialectique des armes. Beaucoup de gens ont été victimes durant cette tragique période de bouleversement sociopolitique et de désagrégation économique du pays au début de cette décennie. Des étudiants, majoritairement immatriculés à l’université d’Etat d’Haïti étaient ouvertement considérés comme ennemis et opposants politiques par les partisans d’Aristide.  Des journalistes (haïtiens et étrangers) étaient souvent menacé ou victime lors de la couverture des diverses marches et manifestations programmées par l’opposition. Les milices aristidiens et/ou lavalassiens ne baissèrent pas les armes, même après le départ d’Aristide du pouvoir en février 2004. Il a fallu l’arrivée de la force des Nations-Unis, la MINUSTAH, en appui au gouvernement de transition dirigé par Alexandre Boniface comme président provisoire et de Gérard Latortue en tant que premier ministre pour initier le désarmement des anciens militants et milices lavalasiens d’Aristide et en même temps rétablir un climat sécuritaire dans le pays.

Sur le plan diplomatique, des pays de la communauté internationale (USA, Canada, la France et autres) conseillèrent, exigèrent leurs ressortissants de ne pas prendre la destination d’Haïti, et pour ceux et celles qui y sont déjà, de se mettre en zone de sureté. Des organismes financiers comme la BID et FMI rompirent leur aide au développement à Haïti. Même sous les menaces de restriction économique des institutions financières internationales comme : BID, FMI ; et de coupure d’aide extérieurs des agences internationales de développement : USAID, ACDI  et AFD, le président Aristide, au lieu de prendre la voie de la raison, et d’entamer de vraies discussions avec l’opposition en vue de trouver un possible issu, préférait amadouer les grandes masses défavorisées, en cantonnant des adages comme :  ròch nan dlo pa konn doulè ròch nan solèy, yon sèl nou fèb, ansanm nou fò, ansanm ansanm nou se lavalas, ti mari pap monte, ti mari pap desann barik mayi a ap ret nan plas; et tant d’autres pour détourner l’attention des grandes catégories sociales défavorisées sur le problème fondamental provoquant la crise, à savoir les élections frauduleuses tenues à la fin des années 2000. L’usage de ces adages par Aristide au cours de ces différents meetings populaires durant la période de la crise pour mobiliser ses suiveurs et partisans, participe du mécanisme d’esquive habituellement mobilisé en évoquant des adages et locutions proverbiales impulsant l’imaginaire collectif par leur symbolisme et ancrage social, aux fins de s’échapper, de se déresponsabiliser, en concoctant des machinations communicatives.

Ce type de registre communicationnel de nos politiques et dirigeants, s’agissant de caricaturer les réalités socio-économico-politiques du pays atteste d’une grande supercherie. Leur mobilisation des adages et proverbes en situation de gouvernance participe du mécanisme de refus de leur déplorable bilan et de leur mauvaise gestion de l’Etat. L’utilisation contextuelle des locutions langagières, semble s’accorder, s’accommoder à une logique spécifique ayant rapport aux manières et modalités de synchronisation et d’usage des registres langagiers liés à un certain champ d’évocation, en termes d’espace social, correspondant à des logiques propres, fonctionnelles et distinctives, au sens bourdieusien de la logique discursive. Ainsi, cette réalité nous conduit à nous demander comment fait-on communauté en Haïti ?  Surtout comment fait-on communauté en politique ? Quel sens peut-elle épouser dans l’aggloméra de nos mœurs et valeurs rejoignant nos façons de dire, de communiquer ? Peut-elle impérativement s’aligner sous les représentations occidentales d’unité de sens, de valeurs et de raisons ? Y a-t-il une spécificité haïtienne anthropologiquement saisissable, repérable à travers une forme de controverse langagière, provenant de notre passé colonial, se réhabilitant à travers des expressions et/ou locutions comme nos adages, dictons et proverbes ?  L’investigation dont nous comptons mener sur les liens entretenus entre les modes expressifs spécifiques, contextuels en rapport aux velléités de construction d’un ensemble ou des ensembles, socialement situés, construits – rejoint des socles multidimensionnels rodés autour des intérêts qui unissent, qui engendrent des formes de solidarité donnant sens aux logiques de fonctionnement de groupe, de clan interpellant la dynamique du symbolisme usagé de nos adages et proverbes.

 

Les formes consensuelles et controverses de nos adages

La logique d’unité de sens, de valeurs, de symboles, de croyances, de techniques et de pratiques soutenant les formes représentatives communes d’un groupe d’individus, partageant un même espace géographique, poursuivant des objectifs communs constitue le socle de toute communauté, selon l’ethnologue britannique Edward Burnett TAYLOR[8]. Cette conception de la communauté au niveau des sciences humaines (sociologie, anthropologie) est amplement partagée entre les chercheurs anglo-saxons et aussi bien par une frange considérable de francophones. Le concept de communauté, déjà chez Tönnies[9] évoquait un tout, correspondant à un ensemble de pratique, de technique, de croyance et mœurs insérés dans les rapports traditionnels, excluant la distinction des parties. L’enracinement communautaire des sociétés européennes et occidentales, selon Georges CORN, « se base sur une logique d’harmonisation des cultures et de leur spécificité, que l’on qualifierait d’anthropologique ; lequel schéma est cimenté par la croyance dans la permanence d’archétype immuables qui font de la culture, du peuple, de la langue ou de la race une essence[10] ». Cette manière à l’occidentale de faire communauté, poursuit-il, répond à l’épineuse quête de paix, de progrès social et scientifique, de tolérance soutenue par la pensée judéo-chrétienne exclusivement, et en confrontation avec toute autre catégorisation représentationnelle possible.

Dans cette perspective, communauté dans le sens occidental désigne une vision du monde communément partagée, articulée par un ensemble de mécanisme lié à sa reproduction par l’écrit, traversant des siècles ou de longues périodes historiques. Dans le contexte haïtien, la communauté ou du moins faire communauté ne suit pas toujours cette logique linéaire, d’univocité des représentations socio-politico-culturelles, ancrées dans la judéo-christianité, articulant des principes et normes positifs, codés, appelé à être reproduit pour pérenniser l’harmonie, la paix entre les différents groupes. L’invention communautaire d’Haïti est consubstantielle à la formation sociale du pays. Autrement dit, l’exploration de notre passé colonial s’avère être incontournable, pour saisir les différentes logiques traversant les modes d’action des anciens esclaves et d’autres catégories sociales ayant survécu l’ère de l’esclavage. Contrairement au canevas occidental, la communauté dans le contexte haïtien et peut être pour bon nombre d’anciennes colonies a pris naissance dans la remontrance, le désaccord et la guerre.

L’espace colonial de Saint-Domingue, de par la violence et la maltraitance dont les captifs africains faisait l’objet n’offrait pas un cadre représentatif possible de la façon dont les occidentaux concevaient communauté entre blanc-dominant. Du coup, la première communauté de la part des noirs captifs construite à St Domingue peut être assimilée à une communauté de résistance, c’est-à-dire une catégorie de gens ayant fait montre d’une conscience inouïe des horreurs de l’esclavage. De cette conscience, un ensemble de changement allait s’opérer dans l’espace colonial. Les captifs, Bien qu’ils viennent d’horizons distincts d’Afrique, partageant ensemble le calvaire de l’esclavage s’organisaient, optaient pour la résistance dans le but de saboter l’ordre esclavagiste en inventant des mécanismes de résistance contre le système allant du contournement des milieux esclavagistes : marronnage, avortement, empoisonnement ; et de sa destruction totale avec la disparition de l’administration coloniale et la création d’un nouvel Etat par la guerre de l’indépendance. L’acquisition de l’indépendance engendrant l’Etat-nation en Haïti n’a pas tout réglé. L’urgence et la nécessité du traitement, de l’adresse et de mise sur l’agenda des revendications diversifiées des groupes d’anciens esclaves parvenant à la liberté ont été quelque peu négligées par les dirigeants. La notion de liberté, telle qu’elle a été articulée dans les anciennes colonies de St Domingue, était représentée de diverses manières par les catégories sociales sorties à peine de l’esclavage.

Les diverses représentations de vivre en liberté, allait non sans difficulté accoucher des communautés en fonction des symboles, moyens de communication, intérêts et croyances dans lesquelles chaque groupe ou catégorie sociale se retrouve, évolue et est insérée. Et d’autant plus que les différents acteurs sur l’échiquier politique nouvellement libéré de la domination coloniale : mulâtres, anciens libres et nouveaux libres cherchèrent à construire une certaine hégémonie catégorielle visant leur groupe d’appartenance immédiat. Ainsi, la formation des communautés en Haïti depuis l’acquisition de l’indépendance rejoint toujours une logique d’antagonisme, de controverse, n’articulant pas au premier abord la recherche de cohésion sociale. Les communautés constituant les diverses catégories sociales après l’indépendance, sont avant tout des groupes de rivalité en quête de prééminence, du contrôle et de la gestion de la jeune nation nègre – et non un projet collectivement discuté afin de parvenir à la cohésion sociale par concession et consentement amenant la paix et le progrès traversant toutes les couches sociales pour la promotion du bien-être de tous et de toutes.

 

Gérard BARTHELEMY évoque avec beaucoup de perspicace cette manière, cette tendance à faire communauté en Haïti par opposition à l’autrui ou du moins par rapport à une autre catégorie. Il décrit les formes représentationnelles conflictuelles toujours en gestation provoquant, engendrant l’invention d’ennemis, s’agissant de se maintenir en face de l’autre, de ses intérêts et opinions pour l’assise de l’intérêt de soi, de son groupe ou catégorie sociale par négation à l’autre. Il écrit: « Le regard de l’autre et celui porté sur autrui, le langage du rythme, le poids de la présence physique, la fixation sur la relation entre les individus à l’exclusion de tout intérêt réel pour l’individu lui-même, l’incapacité de s’imaginer à la place de l’autre, le refus de toute initiative individuelle dans ce qui relève du domaine du collectif, et le tout dans une dimension excluant toute idée de compétition ; voilà quelques-uns des traits intriguant qu’il faut essayer de voir, d’accepter et de prendre en compte, si l’on veut pénétrer un tant soit peu dans cet autre univers.[11]»

Dès la construction du premier gouvernement de l’Etat haïtien sous la direction de Jean Jacques Dessalines, les frictions communautaires s’étalaient, se déballaient déjà sur la scène politique. Les lubies et fringales de toute sorte s’emparaient, délestaient déjà les diverses catégories et couches sociales qui y vivaient. Les nouveaux libres entendaient jouir et profiter pleinement de l’indépendance du pays s’agissant d’avoir accès à la propriété, de pratiquer librement leur tradition, mœurs, croyances, modes d’expression et de communication sans être intimidé par l’oligarchie mulâtresse et des anciens libres hauts gradés de l’armée constituant l’entourage de Dessalines. Toujours du côté des nouveaux libres, la fin des travaux forcés et de l’accès à la petite propriété constituait une revendication spécifique à ce groupe. Par-delà des revendications des nouveaux libres, viennent celle des hauts gradés de l’armée, majoritairement mulâtres, voulant perdurer la grande propriété et le travail agricole sous des formes et pratiques, rappelant le joug de l’esclavage et de tous ses méfaits. Voulant se mettre au-dessus de toutes ces frictions, par la mise en œuvre d’une politique de redistribution de propriété et de restitution de l’autorité de l’Etat, en vue de procurer sécurité et service à tous, dépassant l’ordre revendicatif sectaire, groupal, Dessalines a laissé sa peau, car les tendances partisanes et communautaristes subsumaient la quête d’une commune humanité.

Cet imaginaire ou cette tendance de procéder par la négation pour interpeller l’existence de l’autre, du fait de ne pas partager les mêmes origines sociales, les mêmes représentations, symboles et valeurs continue de s’imposer dans nos pratiques et coutumes. Le fait pour la majorité de la population de s’exprimer dans une même langue, de partager les mêmes symboles, de vivre les mêmes précarités et manques quotidiennement n’a jamais garanti aucune possibilité de conscientisation collective des défis et tracas dont le pays a toujours fait face. Dans le cosmos, dans l’univers social haïtien, les faits et événements, qu’ils nous surprennent ou pas, ne nous ramène guère à conjuguer énergie, conviction, position commune faisant de nous un peuple soudé et responsable dans les difficultés et l’adversité. L’on interpelle la vie, la joie, le mal-être, la disgrâce et autres avec les mêmes vocables, on mobilise des locutions et adages symbolisant des coutumes et valeurs communes, pourtant l’on désigne différents faits et réalités tout dépend du lieu du locuteur, de son groupe d’appartenance, de l’intérêt qu’il poursuit, de la façon dont il se représente son interlocuteur et/ou interpellateur immédiat. Les éventualités et circonstances, permettent de retracer l’ombre communautariste dans nos communications et dialogues.  Par exemple, l’adage zafè pam (mon affaire) peut traduire une possession mais dans l’enclos social et langagier contextuel, il peut tout aussi bien évoquer l’empathie, de la bienveillance éprouvée pour quelqu’un, pour sa famille, ses intérêts et biens. A contrario, tout ce dont n’étant pas zafè pam, ne mérite pas un tel traitement, qu’il soit honnête, sérieux et responsable envers lui-même et envers les autres. Et cet adage se trouve dans une famille d’expression charriant la même réalité anthropologique, tels que : zanmi pam, nèg pam, moun pam et j’en passe.

 

Pour ne pas conclure

Les argumentaires autours de la constitution et du mode d’agir des communautés dans la formation sociale et langagière haïtienne constituerons les suites de cette série de réflexion.

[1]–  WARGNY, Christophe, Haïti n’existe pas. 1804-2004. Deux cents ans de solitude, Edition, Autrement, pp. 54-55, paris, 2008.

[2]– CASIMIR, Jean, Haïti et ses élites. L’interminable dialogue de sourds, Edition de l’université d’Etat d’Haïti, p.17, 2009.

[3]– HYMES, Dell, Language in culture and society. A Reader in Linguistics and Anthropology, Edition, Handcover, 1964.

[4]-DURANTI, Alessandro, Op.cit, in Leguy Cécile page 3.

[5]– AUGUSTE-JOINT, Louis, Système éducatif et inégalités sociales en Haïti. Le cas des écoles catholiques, Paris, l’Harmattan, 2007.

[6]– Le phénomène qu’on essaie de saisir et formuler sous cette appellation se réfère, s’adjoint à un ensemble de pratique culturelle, artistique initié à l’aube de la décennie 2000 dans des activités récréatives dénommées after school, où les élèves essaient de se divertir, de se régaler sous le son des animateurs musicaux dénommés Dj, en enfreignant les normes et les interdits de la société, en se livrant ouvertement dans des actes répréhensibles sous l’effet de la drogue ou de la marijuana. Ces types de programme à force de s’imposer dans l’espace scolaire ont fini par s’imposer dans les milieux socio-culturels avec les années. Cette culture devient une tendance dominante débordant ce dit espace pour s’étaler et se ranger au niveau de mœurs et de valeurs actuellement people, charriant l’incompétence, la corruption, les tares et toute type de comportement rétrograde à la compétence, l’intelligence, l’excellence, le respect d’autrui, grosso modo tout ce qui est en rapport au respect des normes sociales. Aujourd’hui, la société haïtienne est en train de vivre l’effet inouï des retombées de cette tendance bòdègetiste, car nos institutions les plus nobles et prestigieuses sont pris en otage par cette représentation d’accomplir et de faire au rabais, et se faire aduler. Cette culture peut être aussi considérée comme une réponse aux politiques de désengagement des responsables et dirigeants de l’Etat s’agissant de leur non-action pour doter le pays d’un ensemble infrastructure culturelle, artistique et de lieux d’épanouissement public pouvant constituer des vecteurs de cadrage et d’orientations sociaux visant la promotion des talents, de la créativité, du sens de l’invention et d’accomplissement chez les jeunes. Ces espaces et endroits peuvent être : cinéma, théâtre, centre artistique et culturel, galerie d’art etc.

[7]– Rapport d’évaluation de la dette externe d’Haïti, no 09/288 du FMI.

[8]– TAYLOR, Edward Burnett, the origins of culture, p. 67, press of the Michigan University, 2010.

[9]–  Ferdinand de Tönnies, Communauté et Société in Emile Durkheim, pp. 383-389, Paris, Minuit, 1975.

[10]– CORN, Georges, L’Europe et le mythe de l’occident. La construction d’une histoire, Paris, La Découverte, p. 185, 2009.

[11]– BARTHÉLÉMY, Gérard, Créoles-Bossales. Conflit en Haïti, Collection Espace Outre-mer, Edition Ibiss Rouge, p. 143, 2000.

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