Le travail et l’agriculture en pleine crise de Covid-19 : L’Etat à l’épreuve d’impasses irrécusables

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D’entrée de jeu, dans une première acception, la notion de « crise » renvoie à tout évènement social ou personnel qui se caractérise par un paroxysme des souffrances, des contradictions ou des incertitudes, pouvant produire des explosions de violence ou de révolte. La notion de crise peut être aussi saisie comme la rupture d’équilibre. Dans cette perspective, l’humain ou du moins les sociétés humaines en ont toujours connu. Cependant, Les crises, quelle que soient leur nature : économique, sociale, financière, sanitaire et autres, ont de l’ampleur et de considérations dépendamment des sociétés, des régions, des groupes elles sévissent. Hégémonie, Médiatisation et constellation d’intérêt y sont pour beaucoup. 

En effet, si l’attention, le regard légitimant, participe du processus définitionnel du paroxysme des souffrances et d’incertitudes – toute crise sociale, économique, financière et politique, résulte de l’étrange réalité du lieu et aussi des capacités et moyens de projeter des situations, des phénomènes en tant que crise. Et ceci, depuis l’opulence et le triomphe du système capitaliste à l’aube du 19ème siècle, indépendamment de ses différentes phases historiques : industrielle, économique et financière, il (le système capitaliste) en a généré pas mal. Depuis le crash financier américain de 1929, appelé aussi « jeudi noir », résultant outre mais de la surproduction industrielle, mais aussi de la spéculation boursière et du crédit. Les gens empruntent de manière excessive pour investir en bourse – quand les prix viennent à baisser, les actionnaires s’empressent de revendre leurs titres avant qu’ils ne perdent trop de valeur. Cette crise financière américaine allait résorber les économies européennes et tant d’autres nations d’Asie, entrainant de nouvelles considérations hégémoniques des politiques en occident, jusqu’à déboucher sur la seconde grande guerre de l’ère moderne. Le dénouement de cette grande guerre a changé la configuration des pôles de pouvoir parmi les puissances économiques et militaires mondiales, du coup l’ordre hégémonique entre les pays vainqueurs. De-là s’est aussi advenu de nouvelles modes et mécanismes de domination des pays tiers par les puissances américaines et européennes. 

La crise pétrolière de la fin de la décennie 80 et du début des années 90, engendrant l’envahissement du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein, était le prétexte tant attendu pour les multinationales américaines et européennes, avec l’exutoire de rétablir la paix dans la région du Golf, de faire mainmise sur les gisements pétroliers et de renforcer leur domination dans le secteur par le contrôle et l’accaparement des gisements pétroliers dans la région. Les prix, la régulation du marché pétrolier depuis lors passe par la concertation hégémonique des puissances hégémoniques du nord. 

La crise financière de 2008, connue sous l’anglicisme « Great Recession », une récession dans laquelle sont entrés la plupart des pays industrialisés du monde, mis à part le Brésil, la Chine et l’Inde, à la suite du « krash de l’automne 2008 », lui-même consécutif de la crise des subprimes de 2006-2007. Elle est aussi marquée par une forte hausse des prix du pétrole et des produits agricoles. De cette crise, de grands groupes de marché de l’immobilier américain tels que : Simon Property Group et DeBartoloo Realty, qui aujourd’hui sont fusionnés, sous l’appellation Simon DeBarteloo Group, ont vu leur chiffre d’affaire accroitre de plus de 2,7 milliards de dollars US. Tandis que plus de 7 millions d’individus des classes moyennes confondues ont dû constater impuissamment à leur perte de maison faute de solvabilité financière. Donc, cette crise financière, comme d’habitude, favorise le capital au détriment du bien-être humain.

En ce qui concerne la crise sanitaire majeure qui traverse beaucoup de sociétés mondiales, et qui sévit surtout les groupes sociaux mondialement défavorisés, en occurrence, la pandémie de Covid-19, les grandes économies mondiales se montrent consternées par le ralentissement des marchés financiers plus que de s’empresser pour la concertation autour d’un traitement. Les catégories sociales défavorisées, les sacrifiés du système de soin américain sont de loin, les plus victimes. En Europe la situation est quasi similaire, ajoutée aux gens de catégorie d’âge autour de la soixantaine et plus. Les situations que nous appelons, que nous étiquetons de crise, surtout en pleine quête de reconfiguration du capitalisme prédateur, ne semble que concourir à conforter, à renouveler les stratégies et mécanismes des dominants. Comme l’a si bien dit Colucci : 

« Il parait que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise, depuis que je suis gosse, c’est comme ça. »

Il importe beaucoup de se préoccuper à chaque fois des périodes de crise autant des mécanismes de résolution qui y sont engagés.  Puisque très souvent, ils y tiennent de l’inconséquence des politiques financières, économiques et sociales des « nouveaux maitres du monde ». Dans beaucoup de sociétés dominatrices du système capitaliste, tels que : la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne, USA et autres, en pleine crise de Covid-19, l’Etat s’engage à prendre des mesures visant la relance des activités économiques dans le but de restaurer l’emploi, puis consolider la production agricole, en allouant au secteur de grosses enveloppes budgétaire. Par exemple, La Banque de l’Union européenne a débloqué plus de 116 milliards d’Euros pour soutenir les agriculteurs européens. L’administration de Trump a fait idem, en débloquant 19 milliards dollars pour soutenir la production et les agriculteurs américains en pleine crise de Covid-19. Cette politique de relance, en termes de stratégie de reprise d’activités, depuis plusieurs décennies, pour les sociétés industrialisées a été toujours l’option. En temps normal, ces pays dominants ont toujours accordé une importance capitale à leur production agricole. Nécessité de se disposer des réserves de denrées pour leur propre consommation, et aussi du fait de l’impérieuse obligation d’exporter. 

Thiago Lima, philosophe et spécialiste des relations internationales de l’université fédérale de Paraíba, Brésil, dans un essai sur l’incessante volonté des économies mondiales dominantes, de doter leur secteur agricole d’une enveloppe considérable dans leur budget depuis la fin des deux grandes guerres. Pour s’expliquer, il dénonce l’attitude, soutient la thèse du protectionniste de ces pays, et de leur volonté de faciliter les entreprises agricoles, les grandes multinationales de l’alimentation d’occuper les premiers rangs dans la production et la distribution des produits et denrées agricoles. En même temps, ce mode d’occupation du marché agraire et de l’alimentation par ces pays, réserve tout court aux agriculteurs et petites entreprises des pays tiers, le statut de consommateurs privilégiés et classifiés. 

 

La problématique du travail et de l’agriculture, s’inscrivant dans l’ordre des préoccupations des pays impérialistes n’est approchée que par le spectre d’intérêt. D’ailleurs même au sein de leur propre société, le déséquilibre créé par le marché de l’emploi et de l’industrialisation liée au secteur agraire constitue de vraies menaces d’implosion. Le rapport de la Banque Mondiale sur la situation de l’emploi paru en 2018, atteste d’une inégalité criante entre les régions du monde par rapport à l’accès à l’emploi. Sur deux milliards de personnes en situation de travailler dans le monde, plus 1 milliards 700 millions se trouvent dans les régions les plus pauvres du monde, et les femmes sont les victimes imminentes. D’un autre côté, le rapport de FAO de 2017 sur la situation de l’alimentation et de l’agriculture dans le monde montre que le processus de mécanisation de l’agriculture dans les pays pauvres peine à se développer. Le continent africain une partie de l’Asie centrale et de l’Amérique centrale et de la Caraïbe y sont très représentés. Phénomène qui provoque l’exode, la migration forcée de plus de 60% des jeunes des milieux ruraux vers les mégapoles des grandes villes de ces régions citées ci-dessus.

La tentation hégémonique, concept élaboré par le politiste américain Jack Snyder, pour tenter de saisir et d’expliquer le déploiement d’une panoplie de stratégies et de politiques militaire, agricole et de l’emploi des pays dominants. Cette attitude conquérante des économies dominantes vise la conservation de leur suprématie et de la sidération des mécanismes de résistances d’autres économies et surtout d’autres Etats, constellé dans la misère et l’assistanat. La tentation hégémonique, constituant l’étoffe des pays rudement industrialisés, ne laisse aucun espoir de changement de cap, de paradigme des économies impérialistes. Le travail, l’agriculture, la santé, l’éducation suivent leur cour consubstantiellement au développement de ce système. Il ne faut pas se leurrer, ni trop miser sur le changement de paradigme, de schèmes fonctionnels des économies impériales en dépit de la crise du Covid-19. 

Le travail et l’agriculture, si les pays dominants se hâtent de trouver les mécanismes de relance, il faut bien encore le situer dans leur volonté acharnée de maintenir le procès de leur statut hégémonique. Autrement dit, la crise sanitaire quasi mondiale avec des rebonds signicatifs sur l’économie, le politique et le social, ne conduira pas à une remise en question collective des grandes puissances sur la nécessité de rendre accessible les soins de santé, le logement, l’alimentation à tous-tes, et ceci en tout lieu. Déjà le type de gestion mise en place par les puissances économiques entre elles durant cette crise sanitaire mondiale, atteste d’une certaine désagrégation de la solidarité. La crise de Covid-19 montre, démasque l’hypocrisie et la supercherie des pays les plus riches de l’occident, en ce qui concerne la course à la relance des activités économiques. Enliser dans le modèle impérialiste à tous égards, entêter dans l’expansion d’un type d’humanité déséquilibré, d’une altérité d’effacement, d’écrasement de l’autre, Les Etats dans les pays dits développés, n’en feront aucun repli, quand même le Covid-19 les y invitera.

Des situations de troubles, des périodes de convulsions, et de grandes contestations sociales, les sociétés occidentales en ont toujours connus et conjugués. Et les crises, quand elles s’amènent ne restent pas sans influencer, sans aggraver les déficits de progrès et d’avancement socio-économiques des pays et sociétés au chevet des sociétés occidentales développées. Ce phénomène, Immanuel Wallerstein, nous le décrit très bien dans ses réflexions sur le développement du système capitaliste. Il soutient : « le système capitaliste dans ses envolées planétaires, contraint les populations des sociétés périphériques à se constituer en société de substitution en ce qui a trait à la massification des bras pour l’assise de la main-d’œuvre – et aussi pour le déversement des biens de toute sorte produit par ces bras, spécifiquement dans l’agro-alimentaire. » Les multinationales de l’agro-alimentaire américaine et européenne, General Mills, Kellogg, l’Associated British Food, Danone et autres ne cessent d’empirer la situation précaire des agriculteurs des pays sous-développés dans la production intense des denrées agricoles de première nécessité et de la concurrence déloyale des produits comme le soja, L’huile de Mazola, des produits laitiers et du sucre.

La délocalisation des entreprises occidentales dans le cadre de la multiplication du capital d’investissement est l’un des mécanismes participant à la paupérisation des masses ouvrières des pays dit sous-développés mondialement. En outre, l’expansion des manufactures de textile et de tant d’autres industries agro-alimentaire délocalisées participe de la stratégie de rareté de travail et en même temps de la création de l’armée de réserve pour le fonctionnement et l’équilibre de l’économie capitaliste. Donc, les Etats, surtout dans les sociétés fortement industrialisées, projettent la création de l’emploi délocalisé sous la rubrique d’investissement étranger pour mieux s’assurer de la reproduction du capital et de son assise. 

L’Etat haïtien : le travail et l’agriculture dans le contexte de Covid-19

Sans quasi aucune surprise, le constat d’irresponsable des dirigeants haïtiens, auréolé d’un amateurisme aigu dans les moments décisifs du pays ne cesse d’étonner plus d’un. Les moments de crise, les tranches d’histoire les plus difficiles et contrastées du pays semblent ne pas nous laisser, nous doter d’aucune mémoire. La première grande crise de notre histoire de peuple libre, la mort de Dessalines et de son idéal de liberté et de bien-être pour tous reste inouïe dans l’imaginaire collectif. Sa mort, planifiée et organisée par les autres généraux faisant la guerre de l’indépendance à côté de Dessalines et parvinrent à la victoire peut être considérée comme la crise initiale du nouvel Etat. Les généraux conservateurs, nostalgiques du modèle administratif colonial esclavagiste, voyaient d’un mauvais œil l’accès à la terre aux nouveaux libres et aussi bien l’acquisition de leur liberté. Cette crise, étant originelle dans la formation sociale haïtienne, et promu tout au long de notre histoire de peuple par nos dirigeants s’érige en un phénomène irréversible. Depuis lors, le projet de société triomphant avec les groupes sociaux dominant, marginalisant – mulâtres et anciens généraux de l’armée indigène et de leur descendants – anti  -projet de société dessalinienne, persiste.  Le travail pour les masses pauvres, l’accès à la terre pour les masses paysannes ne font l’objet de préoccupation du type d’Etat triomphant. 

La crise de 1843, a été une autre période à la fois déterminante et fracassante pour la consolidation de notre indépendance et de l’orientation socio-politique du nouvel Etat. La révolte populaire contre le président Jean-Pierre Boyer et de sa dictature, en vue du rétablissement de la démocratie et de la constitution de Dessalines de 1805 atteste de la quête de liberté des nouveaux libres. Malgré l’ascension au pouvoir du chef de cette révolte, en la personne de Charles Rivière Hérard, l’application de la constitution de Dessalines, en termes de concession de terre aux nouveaux libres, et de leur participation dans les structures décisionnelles de l’Etat peinaient à se concrétiser. La crise de de 1867-1869, survenue sous la présidence de Sylvain Salnave, a été encore une fois, une période de grandes incertitudes et de déception pour les masses paysannes haïtiennes. L’avidité mortifère, exclusiviste de la bourgeoisie de l’époque allait être pointée, basculée par les mesures du Président Salnave. Dans son ouvrage, Georges André Adam, présente Sylvain Salnave comme un anti-bourgeois. Il entendait mener une politique sévère à l’égard des possédants, leur imposant des taxes destinées à améliorer le sort de la population et demandant aux commerçants de baisser le prix des produits de première nécessité. La bourgeoisie se révolte, Salnave fait construire des magasins de l’Etat. Toutefois, son obsession de moderniser la flotte militaire pour contre -carrer les assauts des fractions armées soutenues par la bourgeoisie, engagea de grandes dépenses de l’Etat, du coup contribua à appauvrir l’économie du pays et la population aussi. Ces crises, au tout début de notre expérience de peuple libre, malheureusement allait structurer la grande mésentente sociétale en Haïti. Phénomène que Jean Casimir décrit comme dialogue de sourd, mésentente entre les élites du pays et le reste de la nation. Pour sa part, Gérard Barthélémy désigne comme conflit originel en Haïti entre les catégories sociales : bossales et créoles.

La crise de 1991, avec le coup d’Etat militaire de l’oligarchie économique composée en majeur partie des mulâtres, peut aussi s’inscrire dans la lignée de la crise de Sylvain Salnave. Le refus de la bourgeoisie exclusiviste d’accepter que l’Etat s’engage dans l’amélioration des conditions de vie des catégories sociales majoritaires et précaires du pays. L’arrivée du président Aristide au pouvoir avec plus de 60% de vote populaire dérangeait, intimidait l’oligarchie dominante. Les annonces et discours du président Aristide visant le contrôle de l’Etat des ressources du pays, et de travailler pour améliorer les conditions de vie précaires des masses pauvres résonnaient mal aux tympans de la bourgeoisie accapareuse. La junte militaire, s’alliant avec cette bourgeoisie allaient orchestrer le « putsch » contre l’espoir qu’inspirait le régime d’Aristide aux masses défavorisées. Durant cette période de bouleversement politique et de grandes incertitudes pour les masses défavorisées, La bourgeoisie traditionnelle exclusiviste accaparait des moyens de l’Etat au détriment des masses paysannes et des quartiers populaires. Franchise, contrebande, taxes impayées, mainmise sur la Banque centrale (BRH), produits avariés et le narcotrafic devenaient des pratiques opulentes du régime militaire supporté et endossé par l’oligarchie dominante.  

L’envolée de prix des produits de première nécessité et la répression systématique de la junte militaire envers la grande majorité défavorisée de la population, surtout les gens des quartiers populaires constituaient l’actualité. Même après le retour d’Aristide en 1994, la crise de bien-être des majorités démographiquement pauvres du pays allait persister. Les différentes fractions économiques de l’oligarchie dominante et les hauts gradés de l’armée s’enrichissaient de façon effrénée, et le procès de deshumanisation s’aggrave davantage pour la majorité de gens les plus précaires.

La crise humanitaire provoquée par le séisme du 12 janvier 2010, a été encore une fois l’occasion de saisir et de comprendre le désintérêt et l’indifférence des dirigeants de l’Etat vis-à-vis de la population. La gestion du séisme a été une catastrophe totale s’agissant de la manière dont l’Etat organisait l’urgence. Les fonds et moyens, débloqués par l’international pour aider le pays à faire face aux graves conditions humanitaires qui sévissaient, ont été d’une part, accaparés, spoliés par les représentants des pays donateurs via les ONG organisant l’urgence, d’autre part, ils (les fonds) ont été détourné par les autorités de l’Etat. Les victimes, en grande partie issues des quartiers pauvres de la capitale et de ses environs, ont fini dans les recoins de la désolation, de la misère et de la déception. 

Le séisme, sous un angle d’objectivation, offrait l’opportunité aux autorités d’Etat de poser les problèmes de planification urbaine, de logements sociaux, d’imposition de normes modernes de construction. Il a été l’occasion ultime, pour l’Etat d’insuffler la main-d’œuvre dans le secteur de la construction avec l’ouverture de grands chantiers publics. Tout le contraire a été observé. Les dirigeants politiques et les gouvernements qui se sont succédé depuis lors, ne font qu’organiser et structurer une mafia autour des programmes et projets d’Etat dilapidant les fonds de la reconstruction du pays et celui du programme d’échange et d’entr’aide bilatéral pétro-caribe entre Haïti et le Venezuela. Aucune politique agraire n’a été engagé pour insuffler l’agriculture et le travail agricole jusqu’à date. La création de banque agricole pour les paysans se fait encore attendre. Le secteur privé des affaires, l’administration publique n’ont insufflé l’économie nationale en créant d’emplois pour les jeunes diplômés et des professionnels en chômage chronique. Vraisemblablement, les crises dans le contexte historique haïtien, confirment très souvent l’adage créole « mal sele kap foule ».

Quant à la crise sanitaire qui sévit mondialement, Les sociétés occidentales dominantes, économiquement, s’empressent de relancer leur économie. L’agriculture et le travail constituent deux grands points de préoccupation des Etats les plus industrialisés, et en même temps très touchés par la crise du Covid-19. Ils (les pays développés) s’accourent à renforcer leur infrastructure sanitaire, leur système de soin, sans négliger leur secteur agricole, qui, pour sa part doit pouvoir continuer à fournir des produits alimentaires et la production de denrées pour renouveler les stocks et aussi d’éviter la disette. Globalement, le Covid-19 apporte de nouveaux enseignements au monde entier. Surtout en termes de prévision, de planification stratégique, enfin en ce qui a trait à la gestion et du management des situations imprévisibles.

Alors, il parait qu’il est très loin dans l’entendement de nos dirigeants actuels de comprendre les enjeux et opportunités de planification stratégique offert par la crise sanitaire du Covid-19. La construction et le renforcement d’infrastructures sanitaires dans les régions du pays s’imposent de fait. La formation massive des professionnels de santé et de personnes d’appui devient obligatoire. La problématique de l’assainissement des espaces publics, des centres d’apprentissage publics et privé, des institutions publiques et autres doit se poser avec un pragmatisme actant. Cependant, le régime actuel s’importune très peu de ces exigences. Les fonds octroyés à l’administration Jovenel-Joute par les organismes financiers internationaux (FMI, Banque Mondiale), ne sont encore engagé pour la mise en disponibilité et la dotation du pays des matériels et équipements sanitaires. Aucune politique de baisse du chômage n’a été planifiée dans le secteur médical, vu l’urgence provoqué par le Covid-19. Avec la fermeture des points frontaliers avec la République Dominicaine, la rareté de beaucoup de produits et denrées agricoles se font sentir dans les marchés publics haïtiens. 

Jusqu’à date, aucun plan stratégique de production agricole a été défini par le pouvoir actuel, en dépit des prévisions de famine menaçant le pays dans les mois à venir. N’ayant pas les mêmes moyens financiers, ne possédant pas les mêmes ressources humaines que les pays développés pour rebondir après cette crise, l’inaction des autorités en termes d’anticipation, n’est-elle pas représentative, significative d’une crise d’humanité profonde de nos dirigeants ?

 Déjà, la dénonciation du comité scientifique de la gestion du Covid-19, par la voix de Jean William Pape, de la lenteur du pouvoir dans le décaissement des fonds pour les travaux de terrain témoigne de l’atonie des dirigeants à protéger la population. 

Pour ne pas conclure

La notion de crise, concept multidimensionnel et d’une sémantique plurielle de la science politique et de la sociologie politique, évoque des situations d’incertitudes, des phénomènes atypiques dans lesquels la compréhension du fait sous étude semble être consubstantielle au mode de gestion adressé au phénomène et de l’intérêt accordé à la quête de solution. Les faits en soi, ne font pas crise, si l’on ne les associe pas aux motivations, aux rangs, conditions et positions des acteurs qui doivent engager l’action de sortie de crise. Un autre article viendra étayer les facteurs motivationnels, de position et d’intérêts des dirigeants haïtiens dans ce type de gestion fait de la crise de Covid-19.

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